Problèmes et enjeux de l’économie rurale au Cambodge. Entre nouvelles gouvernances et réalités paysannes. Le cas de la province de Kampong Thom

Projet finalisé

Pays : Cambodge [voir la carte]

Commanditaire :

Durée : [ - 2007]

Rubrique : Coopération internationale

DIEPART Jean-Christophe (2007). Thèse de doctorat. Gembloux, Faculté universitaire des Sciences agronomiques.

357 pages, 69 tableaux, 75 figures et 34 cartes.

 

Résumé : Au Cambodge, les ressources naturelles occupent une place fondamentale dans les systèmes de production d’une très grande majorité de ménages ruraux. Dans le contexte d’une croissance démographique importante et d’une marchandisation croissante des échanges de produits et de facteurs de production agricoles, les modalités d’exploitation et de mise en valeur des écosystèmes par l’homme représentent donc des enjeux économiques, sociaux et environnementaux considérables. Et précisément, les mutations institutionnelles qui accompagnent la transition de l’économie collectivisée vers l’économie de marché semblent donner une place croissante aux communautés paysannes pour la gestion du secteur agricole et des ressources naturelles.

La présente étude porte sur ces modes paysans de gestion des terroirs ruraux. Elle repose sur une hypothèse centrale selon laquelle les modes paysans de valorisation des ressources naturelles sont efficients d’un point de vue économique (création de valeurs ajoutées) et justes socialement dans la répartition de cette valeur ajoutée.

Un cadre d’analyse multi-échelle qui intègre les différentes dimensions de la valorisation des ressources naturelles est établi pour vérifier et préciser cette hypothèse fondamentale. Le premier cadre d’analyse, donné « a priori », couvre la province de Kampong Thom. Le deuxième cadre d’analyse est raisonné. Il couvre deux communes sélectionnées sur la base d’une série de critères agro-écologiques et institutionnels et de leur représentativité par rapport aux dynamiques observées au niveau de la province.

Une première partie montre les liens étroits entre la diversité agro-écologique et les systèmes de production paysans. Elle détaille également les rapports sociaux fondamentaux qui animent les territoires ruraux de la province et montre comment les différentes relations de pouvoir structurent ou affectent les communautés paysannes.

Une autre partie présente une analyse institutionnelle des nouveaux choix d’action collective et individuelle pour la gestion des ressources naturelles. Elle met en évidence la nature très conflictuelle de cette gestion et la contradiction inhérente aux nouveaux choix. Alors qu’ils initient, dans le discours, certaines formes de décentralisation, ils perpétuent une tradition très centralisée dans la gestion des différents secteurs concernés. Les voies d’un développement rural paysan sont donc étroites, mais pourraient cependant être valorisées par les gouvernements locaux élus que sont les conseils communaux. La contribution possible des conseils communaux dans la gestion des ressources naturelles est également analysée d’un point de vue légal et organisationnel.

La valorisation de travaux de terrain au niveau de deux communes complètent et précisent l’analyse. Une analyse spatiale de changements d’occupation du sol ente 1992 et 2006 montre d’abord l’importance grandissante d’acteurs non paysans dans les dynamiques de développement rurales. L’analyse montre également qu’elles sont efficientes, quand elles sont maîtrisées par les communautés paysannes elles-mêmes.

Les stratégies paysannes sont caractérisées par une grande diversité d’activités qui ont presque toutes pour dénominateur commun, la pratique de la riziculture de saison humide. L’accès aux ressources de pêche et forestières sur les espaces indivis s’inscrit dans ces schémas de diversification du travail familial en saison sèche. Ces modes d’accès et d’utilisation de ces ressources de libre accès sont détaillées et mises dans la perspective de la mise en place et la formalisation de communautés de pêche ou de communautés forestières.

La gestion des terres du domaine privé, c’est-à-dire les terres agricoles, est caractérisée par une prépondérance de la riziculture dans les plans d’assolement. Les itinéraires techniques rizicoles mis en oeuvre par les ménages paysans sont évalués ainsi que leurs résultats économiques. Différentes rationalités économiques sont mises en évidence par rapport aux productivités des facteurs de production. Les éléments de productivité, d’efficience et de rentabilité sont appréhendés par rapport à l’accès aux crédits et aux marchés fonciers. Cette analyse permet de revoir considérablement le rôle autorégulateur présumé des marchés fonciers pour assurer d’une part la croissance du secteur agricole et d’autre part l’équité d’accès à la terre agricole.

Enfin, les analyses faites au niveau de la commune sont mises dans la perspective des nouveaux choix de gestion des ressources naturelles et proposent, in fine, des recommandations opérationnelles pour soutenir les modes paysans de gestion des ressources naturelles.

 

DIEPART Jean-Christophe (2007). The Problems and Stakes of Cambodian Rural Economy. Between New Governances and Peasant Realities. The Case of Kampong Thom Province Doctorate thesis. Gembloux, Belgium, Faculté universitaire des Sciences agronomiques.

357 pages, 69 tableaux, 75 figures et 34 cartes.

 

Summary

In Cambodia, agriculture and natural resources constitute a corner stone in the production systems of peasant families, who constitute the large majority of the rural population. Hence, in the perspective of an important demographic growth and an increasing marketing of agricultural inputs and outputs, man-made valorisation of ecosystems represent considerable economic, social and environmental stakes to Cambodian peasants. And precisely, institutional mutations that come with the transition from a centrally-planed toward a market-driven economy seem to give a growing place to peasant’s communities in the management of the agricultural sector and the natural resources.

The present study focuses on peasant’s ways to manage rural territories. It rests on a fundamental hypothesis, according to which peasant practises are economically efficient (in term of creation of added-value) and socially equitable in the distribution of this added-value.

A multi-scale analytical framework that integrates different dimensions of natural resources management is established to check out and fine tune this fundamental hypothesis. A first analytical framework, given a priori, covers the entire province of Kampong Thom. The second analytical framework is determined by choice. It covers two communes, selected on the basis of agro-ecological and institutional criteria, which are representative of rural dynamics observed and detailed at the provincial level.

The first part shows the intricate and strong links between agro-ecological diversity and peasant’s production systems. It details the social relationships that liven up provincial territories and shows how different power relationships structure or affect peasant communities.

The next part analyses the new choices for collective and individual action for the management of natural resources. It points out the very conflictive nature of previous forms of management and the internal contradictions of the new choices. While they initiate certain forms of decentralisation, they actually pursue a very centralised tradition. The peasant’s path for rural development is narrow, but might be valorised by local government structures that are the commune councils. The potential contribution of commune council in natural resources management is also examined from a legal and organisational point of view.

Field works carried out at the level of two communes complete and detail this analysis. First of all, spatial analysis of land use change between 1992 and 2006 shows the growing importance of non-peasant stakeholders in rural development dynamics. Furthermore, the analysis shows that when the development of rural territories can be entirely controlled by peasant’s communities, the dynamics of change are rational and efficient.

Peasant’s strategies are characterized by a large diversity of activities, that all have in common the cultivation of rain-fed rice. The access to forest or fisheries resources on public state land is triggered by household’s activities diversification tactics in the dry season. These modes of access and use of natural resources are critically detailed and put in the perspective of the establishment of community fisheries and community forestry schemes.

Management of private agricultural land is characterized by the overwhelming importance of rice in the cropping systems. Technical itineraries for rice cultivation implemented by rural households are analyzed and their economic results are evaluated. Different economic rationalities are highlighted in relation to inputs productivity. Elements of productivity, efficiency and profitability are apprehended in relation to access to credit and land markets. This analysis allows revisiting the assumed self-regulating role of land markets to ensure the growth of the agricultural sector on the one hand, and the improvement in the access of land for more equity on the other hand.

Eventually, the analysis done at the commune level are put into the perspective of new institutional choices for collective and individual action for natural resources management and propose, in fine, operational recommendations to support peasant’s ways to manage natural resources.

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