Le rôle du commerce frontalier des produits alimentaires avec le Rwanda dans l'approvisionnement des ménages de la ville de Bukavu (Province du Sud-Kivu)

Projet finalisé

Pays : République démocratique du Congo [voir la carte]

Commanditaire :

Durée : [ - ]

Rubrique : Coopération internationale

Téléchargez le document

Vwima Ngezirabona Stany (2014). Thèse de doctorat, Université de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech, Belgique, 170 p., 48 tabl., 27 graph., 5 fig., 7 cartes.

Résumé :

Ce travail se propose de mettre en évidence l’importance des approvisionnements des produits alimentaires en provenance du district de Rusizi (Rwanda) dans la sécurité alimentaire de la ville de Bukavu. Pour cela, il s’est alors avéré nécessaire de connaître leurs ampleurs et déterminants ainsi que leurs conséquences qui restent insuffisantes en raison de leur caractère informel, afin de définir des politiques visant à améliorer la situation et pouvant faciliter l’intégration sous-régionale. Le travail de terrain a consisté en deux séries d’investigations : d’une part les pointages des flux des produits alimentaires pour trois mois (mai, juin et juillet 2010) et par axe d’approvisionnement de la ville de Bukavu, d’autre part une enquête par questionnaire sur un échantillon de 233 ménages dont 76 ménages-consommateurs et 157 ménages-revendeurs. Le pointage des flux des produits alimentaires montre que 2.021 ménages en moyenne traversent chaque jour les deux frontières pour y effectuer leurs approvisionnements alimentaires dont 661 ménages (32,7%) sont des consommateurs directs des produits alimentaires et 1.360 ménages (67,3%) sont des revendeurs. Excepté le manioc qui est une culture traditionnelle du Sud-Kivu, les bananes plantains à cause du problème de conservation, provenant beaucoup plus de l’intérieur de la province, et le haricot provenant beaucoup plus du Nord-Kivu, les pointages des flux des produits alimentaires, ont montré que les taux de dépendance au Rwanda restent fort élevés pour les produits comme le maïs (66%), la pomme de terre (82%), le sorgho (73%), l’arachide (69%), la patate douce (98%), le riz (70%) et les viandes de boeuf et porc (85%). Avec ces taux de dépendance, la ville de Bukavu constitue l’un des grands marchés des produits alimentaires du district de Rusizi (Rwanda), ce qui est loin d’être confirmé par les statistiques officielles des importations de l’Office Congolais de Contrôle (OCC/Sud-Kivu) qui, excepté pour le riz, sous-estiment les flux frontaliers d’une grande partie des produits alimentaires de base. Les produits de base concernés fournissent à la population de la ville de Bukavu 1.027 kcal par personne et par jour dont 593,5 kcal, 338,9 kcal et 92,4 kcal sont fournis par les produits en provenance respectivement du Rwanda, du Nord-Kivu et de l’intérieur de la province du Sud-Kivu. Les calories consommées dans la ville de Bukavu sont essentiellement d’origine végétale dominées par le maïs (563,1 kcal), le manioc (120 kcal) et le haricot (167,1 kcal) qui jouent un rôle stratégique étant donné leur importance dans les habitudes alimentaires de la ville de Bukavu. Les flux importants des approvisionnements alimentaires en provenance du district de Rusizi font vivre des milliers de familles dans la ville de Bukavu. Il se dégage que tous les produits approvisionnés du district de Rusizi par les ménages-revendeurs réalisent des résultats positifs par mois qui constituent la rémunération non seulement du capital mais aussi de l’effort et du temps investis par les ménages-revendeurs pour leur activité (en moyenne 5,67 heures). Plus de 68% des ménages-revendeurs affirment être satisfaits du résultat de cette activité et l’orientent principalement à couvrir les besoins de subsistance. L’analyse du budget des ménages-consommateurs montre que 69,1% des dépenses alimentaires et 48,8% des dépenses totales des ménages-consommateurs traversent les frontières. L’impact significatif des approvisionnements alimentaires issus du district de Rusizi sur la réduction de l’état de pauvreté monétaire des ménages-consommateurs, témoigne de l’intérêt du commerce frontalier qui ne fait que renforcer le déclin structurel et relatif du secteur agricole du Sud-Kivu, déjà confronté à divers problèmes. La politique de libre-échange prônée par un grand nombre de groupements sous-régionaux et régionaux comme la CEPGL et le COMESA permettra de rendre efficace les approvisionnements alimentaires de la ville de Bukavu en provenance du district de Rusizi, mais cette dernière reste une solution à court terme pour la sécurité alimentaire de la ville de Bukavu en particulier et la province du Sud-Kivu en général. A long terme, il convient de stimuler la production et de favoriser le commerce des produits alimentaires locaux. Pour cela, il faut investir dans le secteur agricole. C’est à ce prix-là qu’on peut parvenir à relancer le secteur agricole du Sud-Kivu et atteindre le seuil de l’autosuffisance, voire réaliser un surplus à exporter. Certes, cette solution posera alors le problème de reconversion des ménages-revendeurs et ménages-consommateurs qu’il conviendra de repenser dès le début.

< Retour aux projets de l'unité