Depuis plusieurs années, les statistiques établies par les services de la Division Nature et Forêt (DNF) montrent une augmentation importante des effectifs de sangliers et de cerfs en Région wallonne. Ces deux espèces ont des impacts, positifs et négatifs, sur les écosystèmes forestiers, leur biodiversité ainsi que les productions économiques qui en sont issues. Dans les milieux agricoles, elles peuvent être à l’origine de dégâts aux cultures et aux prairies. Dans les zones péri-urbaines, elles peuvent engendrer des accidents de la route. Cette situation inquiète les gestionnaires des espaces naturels, forestiers et agricoles, dont les objectifs sont multiples et parfois contradictoires. C’est pourquoi, il est primordial de déterminer et de maintenir une densité d’ongulés cible, permettant à l’agriculture, la sylviculture et à la chasse de coexister, tout en maintenant un bon fonctionnement écosystémique. Cette densité sera atteinte par l’attribution et la réalisation de plans de chasse adaptés et une sylviculture améliorant la capacité d’accueil des massifs forestiers
Pour établir des plans de tir et quotas de chasse ou tout simplement pour mettre en place des moyens de gestion, il est nécessaire de connaître l’état des populations de gibier et de suivre leur évolution. Actuellement, le monitoring des populations de sangliers et de cerfs se fait par des constats de tir et de mortalité, des recensements ponctuels (recensements par approche et affût combinés) ainsi que le calcul d’un Indice Nocturne d’Abondance (comptage au phare le long de circuits définis).
Cependant, malgré des quotas de tirs réalisés de plus en plus élevés, les populations ne cessent d’augmenter, avec les dégâts qui s’ensuivent, ce qui semble prouver que ces méthodes traditionnelles de comptage ont sous-estimé systématiquement les effectifs… Pour corriger ce biais, de nouvelles méthodes de recensement doivent être mises sur pied.
Dans cette optique, le développement récent des drones, encore appelé « Unmanned Aerial Vehicles » (« système d’aéronef(s) sans pilote(s) ») offre de nouvelles opportunités pour la gestion de l’environnement et de la faune plus précisément. Les drones présentent plusieurs avantages, car ils permettent de récolter de nombreuses données à haute résolution spatiale et temporelle, avec de faibles coûts opérationnels et sans risque pour les opérateurs. Ils peuvent couvrir de grandes surfaces en un temps record et permettent d’atteindre des zones éloignées, inaccessibles ou impraticables. Cependant, l’utilisation des UAS présente certaines contraintes, telles qu’une faible endurance de vol et une grande quantité de données à traiter. Il est nécessaire de trouver un équilibre entre la taille du drone et sa capacité de charge, permettant de placer un certain nombre de capteurs, et l’endurance de vol, qui diminue quand le poids du drone augmente. De même, il est nécessaire de trouver un compromis entre la résolution du capteur et la hauteur de vol : plus la résolution est fine et l’altitude faible, plus les données sont précises mais plus le capteur est cher, la quantité de données à traiter est élevée et la surface étudiée par temps de vol faible.
L’objectif de cette action de recherche, réalisée en en étroite collaboration avec le DEMNA, vise à évaluer les potentialités offertes par ces nouveaux moyens de télédétection pour réaliser des estimations de densité de la grande faune sauvage (cerf, sanglier), et à donner des recommandations méthodologiques, concernant notamment les spécifications techniques de la plateforme et des capteurs à utiliser et des caractéristiques de vol à réaliser (hauteur, moment de la journée optimal, conditions météorologiques, saison, etc.) . Plus précisément, des données d’imagerie drone seront acquises le long de transects en zone forestière non dense ou en zone péri-forestière (zones de gagnage), au moyen d’un capteur thermique, permettant la détection du gibier par sa différence de température avec le milieu environnant, et d’un capteur optique à haute résolution, afin de pouvoir identifier l’espèce. L’évaluation de la détectabilité et de la capacité de différenciation des espèces reposera sur des données de colliers GPS ou des observations au sol réalisées au moment des vols.

Personne de contact : Peter Gaucher (PhD student)