Comment peut-on juger de l'état d'un arbre?


Dans le cadre de missions d'expertises, nous sommes amenés à devoir décrire l'état d'arbres situés le long des routes, chez des particuliers, au sein de domaines publics,... Il est nécessaire, même si la base du jugement est l'observation, de rendre ce jugement objectif et fondé sur des connaissances scientifiques. Il est possible, en effet, qu'un arbre soit parfaitement stable et sain bien qu'il soit incliné ou qu'il bouge beaucoup par grand vent. Un de nos objectifs est donc d'éviter que des arbres soient abattus ou ravalés sans raison. La démarche de diagnostic comprend 4 volets, de manière à décrire la qualité de l'environnement de l'arbre, de sa vitalité, de sa stabilité et, enfin, à vérifier si des maladies sont présentes (aspect phytosanitaire). Un seul volet est insuffisant: la présence d'une maladie, même étendue, n'est pas forcément rédhibitoire. L'arbre peut, par exemple, montrer assez de vitalité pour réagir et être conservé en toute sécurité.



Nous avons adopté une méthodologie d'observation inspirée des travaux de W. Moore, considérant 4 compartiments majeurs au niveau de l'arbre: les rameaux et feuilles, les branches formant la structure de la couronne, le tronc et le collet. Les racines, dans la grande majorité des cas, ne sont pas visibles. Ce sont les indices visibles dans les parties hautes ou dans l'environnement de l'arbre qui indiquent des problèmes racinaires. Cette méthodologie a été formalisée dans une base de données, dont les fiches (inventaire - diagnostic) sont le support d'intervention sur le terrain. Cela permet de prendre en compte toutes les données pertinentes et de ne pas se précipiter sur le défaut majeur, bien visible, qui fait peur.....sans le comprendre et l'évaluer dans son contexte.

En ce qui concerne l'environnement de l'arbre, plusieurs paramètres doivent être pris en compte:
  1. le sol: quel est l'espace disponible pour les racines? Est-il tassé ou imperméabilisé par un revêtement? Y a-t-il des signes de travaux pouvant avoir abîmé les racines? Est-il pollué?
  2. le vent : l'arbre est-il particulièrement exposé et, si oui, de quelle direction vient le vent dominant?
  3. les éléments interférants: la couronne est-elle traversée par des câbles électriques, touche-t-elle une façade?
Ce dernier point est très important car il permet de décrire les cibles potentielles autour de l'arbre. En cas de déracinement ou de chute d'une branche, quelqu'un ou quelque chose à proximité court-il un risque? L'état de l'arbre est une chose, l'intervention qui peut en découler dépend justement de ce risque. Un arbre instable sera d'autant plus dangereux qu'il est situé à proximité d'un trottoir ou d'une rue très fréquentée.

Une fois l'environnement décrit, les 4 compartiments sont observés pour relever les signes :
  1. décrivant la vitalité (densité, couleur du feuillage) et la vigueur (importance de croissance des rameaux, des bourrelets de recouvrement, du tronc);
  2. représentant des défauts externes (fourches à écorces incluses, cavités ouvertes, décollements d'écorce);
  3. indiquant un défaut interne (bombement du tronc indiquant une pourriture interne, par exemple);
  4. attestant de la présence d'un agent pathogène (bactérie, champignon, insecte).
Chaque défaut relevé fait l'objet d'une pondération, de 1 à 4. Plus la cote est élevée, plus il est grave et plus la réaction que l'on doit avoir est importante. Une cote de 1 est liée à un défaut mineur ou en voie de résolution; il doit faire l'objet d'un simple suivi. Une cote de 2 signifie que le défaut est plus sérieux et qu'une intervention est à réaliser pour le corriger. Cela veut dire aussi qu'il y a moyen de le corriger, donc ce n'est pas si grave. Une cote de 3 est donnée quand un doute subsiste à propos de la gravité du défaut. Des analyses complémentaires sont requises. En fonction du résultat, une nouvelle cote, définitive, est attribuée. Enfin, une cote de 4 est liée aux défauts qui mettent en péril l'arbre dans son ensemble. Elle signifie que l'abattage de celui-ci est justifié.

Il ne faut avoir recours à des analyses complémentaires que lorsque les premières observations le justifient. Il y a un caractère progressif dans la technique de diagnostic qui doit être maintenu. Par exemple, au niveau du tronc, la première chose à faire est d'observer les signes de défauts externes et internes. Au besoin, le maillet peut être utilisé pour avoir une première idée, qualitative, de l'homogénéité du bois. Si le résultat est négatif, d'autres appareils, plus lourds, permettent d'affiner la localisation et/ou la quantification de l'affaiblissement interne. Les outils disponibles au laboratoire pour mener des analyses complémentaires sont décrites ici.


Sur base de ces observations, des recommandations peuvent alors être faites. Elles n'ont, normalement, pas de caractère obligatoire, et la décision finale reste toujours à prendre par le propriétaire ou le gestionnaire. Parfois, plusieurs options sont d'ailleurs proposées en fonction des moyens disponibles ou des échelles de valeur du propriétaire.

Ces recommandations sont également placées dans le temps, pour permettre au gestionnaire d'organiser le travail à venir. D'ailleurs, le diagnostic lui-même n'a de valeur que sur base des observations réalisées à un moment donné. Il est possible que, d'une année à l'autre, la situation d'un arbre change fortement. Il est donc nécessaire de suivre régulièrement son patrimoine arboré.





à gauche, exemple de recommandations, situées sur la photo pour faciliter l'intervention ultérieure.



Quels sont les signes qui peuvent m'indiquer que mon arbre a un problème?

  1. Au niveau du feuillage, les signes les plus classiques sont les décolorations (jaunissements, brunissement) et les déformations. Un autre signe important est la perte prématurée ou la non apparition des feuilles, mais il faut tenir compte de la saison à laquelle vous observez.
  2. Voir du bois mort dans la couronne n'est pas forcément un problème. Si celui-ci se trouve à l'intérieur et dans le bas de la couronne, c'est normal. L'arbre grandissant, les branches les plus anciennes ne recoivent plus de lumière et meurent. Un élagage est parfois utile, lorsque les branches sont de grande dimension. L'apparition de bois mort dans le haut et aux extrémités des branches est, elle, un réel signe de problème.
  3. Les mouvements de branches, même s'ils sont impressionnants, ne sont pas toujours dangereux. Si rien n'a changé dans l'environnement de votre arbre (si on n'a pas abattu un arbre voisin, ou construit un immeuble qui dévie le vent, par exemple), il s'est adapté au fur et à mesure de sa croissance à ces contraintes de vent. Sauf très forte tempête, il devrait donc pouvoir continuer à bouger sans vous empêcher de dormir. 
  4. L'apparition de fissures dans l'écorce peut être un premier signe d'effort mécanique que l'arbre a eu du mal à compenser.
  5. Les cavités et creux, trop souvent laissés par des élagages anciens et drastiques, peuvent être des défauts importants. Il est souvent utile de vérifier quelle est leur extension et comment l'arbre réagit, à la fois en limitant leur progression et en les recouvrant par un bourrelet..


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