Dr. B. Campanella, Pr. R. Paul :
Laboratoire de Toxicologie environnementale
Pr. A. Toussaint : Unité de Phytotechnie
tropicale et d’Horticulture
FUSAGx
2. Utilité pour
le public.
- optimiser l’utilisation des moyens financiers et
humains
- promouvoir la formation du personnel
- coordonner les activités des différents services
communaux
- simplifier l’organisation des travaux
- assurer le respect des décisions prises à long terme
- améliorer la conscientisation du public
- mieux connaître son cadre de vie
- promouvoir de bonnes relations à l’arbre
- disposer d’un cadre et d’une personne de référence
pour tout problème lié aux arbres
Place arborée à La Hulpe (Photo B. Campanella)

Le plan de gestion (PG) des
arbres est le document de référence au niveau communal. Un plan de gestion est
l’ensemble des procédures, intégrant les travaux réalisés sur un groupe
d’arbres ou un alignement dans une notion de globalité, de long terme et de
continuité dans le temps (Maillet & Bourgery, 1993). Toutes les questions liées
au patrimoine arboré (comment et que planter ? qui gère les travaux ?
quels permis sont nécessaires et quand ? etc) sont réglées par le PG. Il
est composé de plusieurs documents, comme l’illustre la figure ci-dessous. Il doit être
validé par le Collège des Bourgmestre et Echevins et intégré dans les
procédures de l’Administration communale.
![]() |
La démarche comprend cinq étapes :
i, la prise de conscience (figure, cadre bleu) ;
ii, l’inventaire du patrimoine et des structures de gestion en place (cadre rouge) ;
iii, la définition des objectifs généraux (cadre vert) ;
iv, la proposition d’un schéma de gestion pour chaque groupe (cadre vert clair) et
v, des procédures d’évaluation (cadre orange).
Ces étapes
sont incontournables. Il est nécessaire de connaître les différents groupes
d’arbres et leurs particularités avant de savoir ce que l’on veut en faire. Sur
base de cela seulement, une programmation des interventions à long terme peut
être définie. Cela implique une charge de travail importante au départ, lors de
l’implantation du plan de gestion. Néanmoins, toute la planification réalisée
permet de réduire et simplifier les travaux de gestion ultérieurs. Le document
intègre également les moyens à mettre en œuvre pour vérifier que les objectifs
soient atteints, ainsi que les procédures prévues pour modifier le plan de
gestion.
Arbre classé
Arbre repris au niveau de la liste des Sites,
Monuments, Sites archéologiques et Ensembles architecturaux classés en Région
wallonne ou présent dans un domaine lui-même classé.
Arbre remarquable
Groupe d’arbres
![]() |
Une des bases du plan de
gestion est un inventaire détaillé des arbres. Pour bien gérer un patrimoine,
il faut d’abord le connaître. Pour ce faire, un outil informatique peut être
développé au sein de la Commune, permettant d’accéder aux données descriptives
de chaque arbre géo-référencé. Ces données
comprennent les caractéristiques variétales, les dimensions, l’état sanitaire
et mécanique de l’arbre. Il faut signaler que cette étape de description
du patrimoine peut faire l’objet d’une première valorisation auprès de la
population. Cette sensibilisation au cadre de vie et à sa protection permet de
préparer les gens aux travaux qui vont être réalisés par la suite. De plus,
l’image d’une Commune gérant et protégeant son patrimoine arboré ne peut être
que positive auprès de la population. Exemple de repérage des arbres dans un système d'information géographique. |
Une
formation aux techniques d'inventaire et de diagnostic peut être utile pour tous les jardiniers
qui seront les principaux intervenants de première ligne.
L’article 14 de la loi du 10 mars 1925 [1] donne droit
au distributeur d’électricité de “couper les branches d’arbres qui se
trouvent à proximité des conducteurs aériens d’énergie électrique et pourraient
occasionner des courts-circuits ou des dégâts aux installations”.
Cet article poursuit en stipulant que “sauf les cas
d’urgence, le droit de couper les branches d’arbres est toutefois subordonné
soit au refus du propriétaire d’effectuer l’ébranchage, soit au fait qu’il
aurait laissé sans suite pendant un mois l’invitation d’y procéder”.
L’article 14 précité ne met
aucune obligation à charge du propriétaire de l’arbre qui est seulement tenu de
respecter les droits conférés au distributeur, dont le droit précité de
procéder à l’élagage des branches gênantes. Aucune action en exécution
forcée ou en responsabilité n’est accordée au distributeur contre le
propriétaire récalcitrant. La loi de 1925 attribue seulement au distributeur le
droit d’agir lui-même à ses frais.
Dans un jugement de 1990
[2], le Tribunal civil de Nivelles rappelle que “(…) l’obligation pour un
propriétaire de devoir subir légalement une limite à son droit normal de
propriété, par le passage de conducteurs d’énergie, déroge au droit commun et
est, dès lors, de stricte interprétation (…)”.
Le tribunal poursuit en
soulignant “qu’il en résulte qu’une telle obligation passive ne peut imposer
au propriétaire, en l’absence de condition légale expresse, une obligation de
veiller lui-même à ce que ses arbres ne puissent ‘occasionner des
courts-circuits ou des dégâts aux installations, de telle sorte que le passage
d’une ligne de distribution au-dessus d’un propriété privée n’établit aucune
obligation d’élagage des arbres concernés par le propriétaire mais autorise
seulement la réalisation de cet élagage par le distributeur, si nécessaire, en
cas d’urgence, ainsi qu’en cas de refus ou d’inaction du propriétaire à qui
aucune disposition légale ne permet de reprocher une telle attitude”.
L’affaire qui a fait l’objet
du jugement susmentionné concernait des arbres situés sur la propriété de
l’Etat belge. Le jugement précise à cet égard que “comme tout propriétaire,
[l’Etat belge] peut laisser croître ses arbres librement à l’intérieur de son
domaine lorsqu’il n’y a aucun risque de débordement à l’extérieur”, et
ajoute que “malgré le passage d’une ligne de distribution d’électricité,
l’absence d’élagage des arbres impliqués et leur croissance naturelle normale
et prévisible ne permettent pas d’établir l’existence d’un vice de ses arbres
qui puisse engager la responsabilité de l’Etat belge en sa qualité de gardien,
sur base de l’article 1384 du Code civil”.
Dans le même sens, un arrêt
de la Cour d’appel de Bruxelles du 3 mai 1994 [3] affirme que la loi du 10 mars
1925 “n’a
pas pour effet d’empêcher le concessionnaire
[c’est-à-dire le
distributeur d’électricité] de procéder
à cet élagage, mais bien d’y procéder
dans le respect des droits des propriétaires des arbres,
lesquels propriétaires,
qui souffrent déjà d’une amputation partielle de
leurs droits, ne peuvent être
tenus au-delà de ce qui est nécessaire à la
fourniture du courant sans qu’un
texte spécial et impératif ne les y oblige”.
Pour
résumer, il résulte de
ce qui précède qu’il n’existe pas
d’obligation d’élagage pour le propriétaire
d’un arbre dont les branches risquent de perturber le bon
fonctionnement des
lignes aériennes de distribution de courant électrique.
La seule obligation qui
est faite à ce propriétaire est de laisser le
distributeur exercer son droit
d’élagage (le distributeur peut inviter le
propriétaire à le réaliser, mais ne
peut pas l’y contraindre).
C’est le distributeur qui, en tant que professionnel,
est censé prévoir le risque de dommage que pourraient causer des branches
d’arbres à l’installation voisine [4].
En ce qui concerne
l’élagage et l’éventuelle obligation de conserver la forme naturelle de
l’arbre, il faut noter que rien n’est prévu dans la législation.
Cependant, il faut rappeler
que le droit qu’a le distributeur de procéder à l’élagage des arbres d’un tiers
doit se faire dans le respect du droit dudit tiers à jouir normalement de sa
propriété. La limitation de ce droit de propriété doit donc être, comme l’a
souligné le tribunal de Nivelles, de stricte interprétation et dans le respect
du principe de proportionnalité: pas question donc d’aller au-delà d’un
simple élagage des quelques branches risquant de poser problème.
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1 L. 10.3.1925 sur les distributions d’énergie
électrique, M.B. 25.4.1925. Inforum 27371.
2 Trib. civ. Nivelles, 12.2.1990, R.G.A.R., 1991, p.
11.842.
3 Brux., 18.11.1993 et 3.5.1994, J.L.M.B., 1995, pp.
1244 et ss.
4 En ce sens, voy. l’arrêt précité de la Cour d’appel
de Bruxelles qui, pour caractériser la faute du distributeur d’électricité
évoque “le risque de dommage qu’en sa qualité de professionnel il pouvait
prévoir et éviter (…)”.

A ces personnes, pourrait être
ajouté un conseil consultatif d’experts à qui le coordinateur du plan de
gestion pourrait faire appel de manière régulière ou ponctuelle.
Les objectifs globaux peuvent
être définis comme suit pour l’ensemble des arbres de la Commune :

Pour chaque groupe, il
faudra certainement préciser d'autres objectifs, particuliers. Il peut
s'agir de la hauteur minimale de la couronne laissant le passage aux
véhicules, le fait de conduire un groupe d'arbre en tailles
architecturées ou des préconisations particulières pour une plantation
le long d'une piste cyclable. Les interventions sur chaque groupe
devront donc répondre au plan de gestion ET à une cahier de gestion
particulier.
Les interventions en
elles-même (plantation, diagnostic, tailles et élagages, travaux
réalisés à proximité des arbres, etc.) peuvent utilement être encadrées
par des documents de référence. Dans le cas où les plantations sont
sous-traitées, cela rend la rédaction du cahier de charges plus aisé
puisqu'il suffit de faire référence au document commun. D'autre part,
cela rend les pratiques plus homogènes sur l'ensemble du territoire
communal. On peut ainsi éviter que des racines soient abîmées lors de
l'ouverture d'un trottoir si l'impétrant sait qu'il doit répondre aux
conditions reprises dans le cahier technique. Ce document peut être
pré-existant (livre édité, cahier de charge rédigé par la commune,
etc.) ou être rédigé pour correspondre parfaitement aux réalités de la
commune. Il faut toujours veiller à ce que ce cahier technique soit mis
à jour en fonction de l'évolution des connaissances.

Planning des
interventions (étape 4).
Dans son guide technique sur la taille, l’International Society of
Arboriculture (ISA) reprend un planning de base pour la formation de couronnes bien
équilibrées (Gilman, E. (2002). "An
illustrated guide to pruning," Second/Ed. Delmar Thomson Learning,
Tableau : planification générale des
travaux de taille pour une nouvelle plantation.
|
Délai |
Taille |
Objectifs |
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A la plantation |
Formation |
Si la structure du plant est bonne, aucune
intervention n’est nécessaire |
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Formation |
Si nécessaire, il faut réduire ou éliminer
les branches trop vigoureuses par rapport à la flèche ou reformer une flèche. |
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Il faut éliminer les branches basses d’un
diamètre supérieur à 4 cm pour remonter progressivement la couronne. |
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Eliminer
les branches mal orientées pouvant induire des frottements |
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Il
ne faut pas retirer plus de 25 % du feuillage pour ne pas affaiblir le plant. |
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Deux ans après plantation |
Formation |
Ne pas retirer plus de 35 % du feuillage. |
|
|
|
Il faut éliminer les branches basses d’un
diamètre supérieur à 4 cm pour remonter progressivement la couronne. |
|
|
|
Réduire les branches les plus grosses de la
couronne temporaire pour préparer la remontée de couronne. |
|
Cinq ans après plantation |
Formation |
Idem qu’après deux ans, on continue de
remonter la couronne et de contenir le développement des branches
temporaires. |
|
Dix ans après plantation |
Formation |
Déterminer le niveau le plus bas de la
couronne et réduire ou éliminer les branches plus basses. |
|
|
|
Réduire les branches agressives venant du bas
de la couronne et ne maintenir qu’une branche par fourche au niveau du tronc.
Eviter la formation de fourches à écorce incluse. |
|
|
|
Réduire éventuellement la longueur des
branches en défourchant. |
|
|
|
Ne pas retirer plus de 35% du feuillage. |
|
Quinze ans après plantation |
Formation |
Retirer les branches en compétition avec la
flèche. |
|
|
|
Réduire les branches agressives venant du bas
de la couronne et ne maintenir qu’une branche par fourche au niveau du tronc. |
|
|
|
Identifier les branches qui formeront les
charpentières et vérifier leur bonne orientation. Eviter la formation de
fourches à écorce incluse. |
|
|
|
Retirer ou réduire les dernières branches de
la couronne temporaire. |
|
|
|
Réduire éventuellement la longueur des
branches en défourchant. |
|
Vingt ans après plantation |
Formation |
Mêmes objectifs qu’après 15 ans |
|
Vingt cinq ans après plantation |
Fin de formation |
Mêmes objectifs qu’après 15 ans. Il faut
toutefois noter que les arbres isolés en milieu ouvert sont, à cet âge,
considérés comme remarquables. Les arbres en alignement le sont depuis le
début. |
|
Trente cinq ans après plantation |
Entretien |
Retirer les branches induisant des
frottements et le bois mort dans la couronne. |
|
|
|
Eventuellement contenir le développement de
la couronne en défourchant les branches à 1/3 ou 1/4 leur longueur. |
|
|
|
Ne pas retirer plus de 35% du feuillage. |
|
Quarante cinq ans après plantation |
Entretien |
Retirer les branches induisant des
frottements et le bois mort dans la couronne. |
|
|
|
Eventuellement contenir le développement de
la couronne en défourchant les branches à 1/3 ou 1/4 leur longueur. |
|
|
|
Ne pas retirer plus de 35% du feuillage. |
|
Cinquante cinq ans après plantation |
Entretien |
Retirer les branches induisant des
frottements et le bois mort dans la couronne. |
|
|
|
Eventuellement contenir le développement de
la couronne en défourchant les branches à 1/3 ou 1/4 leur longueur. La
croissance en volume de la couronne est normalement réduite. Cette
intervention ne devrait pas être courante. |
|
|
|
Ne pas retirer plus de 35% du feuillage. |
|
Aux premiers signes de descente de cime. |
Accompagnement |
Elimination du bois mort et des branches
susceptibles d’entraîner un risque (frottements, branches cassées, etc.) |
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Gérer les rejets apparaissant sur les
branches charpentières (éviter les frottements et les écorces incluses) ou à
l’extrémité des branches cassées (sélectionner quelques rejets majeurs). |
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Ne pas retirer plus de 15% du feuillage. De
manière générale, il faut limiter autant que possible de diminuer la capacité
de photosynthèse et les réserves de l’arbre. |
|
|
|
Maintenir ou rétablir dans la mesure du
possible une couronne équilibrée. |
|
|
|
Dans certains cas, la pose de haubans peut
apporter une sécurité supplémentaire face au risque de chute d’une branche. |
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Si la descente de cime a fait perdre plus de
2/3 de la couronne. |
Accompagnement |
Dans un alignement homogène, tous les arbres
sont à peu de choses près au même stade de développement. Leur remplacement
soit total soit par tronçons peut être envisagé. |
|
|
|
Dans un alignement hétérogène, l’arbre
arrivant en fin de cycle est remplacé, ce qui fait perdurer l’hétérogénéité
de l’ensemble. |
|
|
|
Si l’arbre est isolé et que son abord peut
être sécurisé, il peut être maintenu et accompagné. Les arbres les plus
anciens ont repris leur croissance après une période de descente de
cime ! |
|
|
|
Si l’arbre devient dangereux ou si d’autres
défauts s’ajoutent à l’évolution naturelle de l’arbre (champignons
lignivores, insectes, grandes fissures d’écorce, …), il convient d’envisager
son remplacement. |
Au départ, le PG (y compris
les cahiers techniques) doit faire l’objet d’un accord du collège et être
adopté au niveau communal. Les modifications futures devront être préparées par
le coordinateur, puis présentées et adoptées par le collège. Celui-ci peut
suggérer des modifications au coordinateur. Idéalement, cela devrait se faire
tous les 5 ans, sur base des suivis effectués par le coordinateur. Néanmoins,
il est possible de réaliser une mise à jour à chaque renouvellement du collège.