Depuis 2003, le Laboratoire réalise en partenariat avec l'ULB
une recherche sur le site de la Drève de Lorraine en forêt
de Soignes. Cet accès fortement fréquenté vers le
centre de Bruxelles est planté de hêtres pourpres (Fagus sylvatica var. atropunicea).
L'alignement, dans le cadre particulier de la hêtraie
cathédrale, fournit un ensemble d'une haute valeur
paysagère. Néanmoins, les arbres centenaires (ils ont
été plantés en 1886!) présentent des signes
de dépérissement et d'attaques par plusieurs champignons
parasites du pied. Dans certains cas, un risque de rupture existe,
menaçant les usagers de la voirie.
Parmi les parasites, on peut citer Meripillus giganteus, Ustilina deusta et Armillaria sp., l'armillaire, champignon auquel nous nous sommes le plus
intéressé. Vous pourrez trouver de plus amples
informations sur l'armillaire sur le site : http://www.univ-lehavre.fr/cybernat/pages/armimell.htm
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Vue très partielle de la Drève au printemps. Photo B. Campanella |
Touffe de carpophores d'armillaire, commune en automne autour du pieds de hêtres de la Drève de Lorraine.
Photo B. Campanella |
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Fructification de Meripillus, également trouvée sur la Drève. Photo B. Campanella |
Croûte noire formée par la fructification d'Ustilina. La photo a
été prise sur érable, mais le parasite est
également présent sur certains hêtres de la
Drève de Lorraine. Photo B. Campanella |
L’objectif général
de la convention est de mettre en évidence, de quantifier et de
cartographier le dépérissement des arbres. Cela doit permettre de
formuler des hypothèses sur les causes premières d'affaiblissement.
Ces
informations, intégrées dans un plan de gestion,
permettront de dégager des propositions de remédiation et
d’aboutir à un plan de rénovation.
Cartographier:
- • Sélectionner
les paramètres permettant au mieux de définir les zones
les plus atteintes par l’Armillaire. Il s'agit de définir
les zones prioritaires pour l'abattage et le remplacement.
- • Identifier par ces paramètres les causes possibles du dépérissement initial des hêtres pourpres.
Proposer:
- • Sur
base des connaissances acquises, proposer des méthodes de
plantation et/ou de traitement permettant de préparer au mieux
la nouvelle plantation.
- • Un
éventail de paramètres mesurables permettant au
gestionnaire de suivre l’état sanitaire de la Drève.

Carpophores d'armillaire (Photo B. Campanella) |
De manière à
décrire la répartition dans l'espace de l'armillaire,
plusieurs techniques peuvent être utilisées. Une
première possibilité est de repérer les
carpophores (photo de gauche). Malheureusement, les conditions
météorologiques influencent beaucoup leur
émergence et des confusions peuvent avoir lieu entre
espèces. L'observation de bois mort dans les couronnes ou de
rhizomorphes sont d'autres signes qui peuvent indiquer une attaque
d'armillaire.
Pour rendre la détection plus fiable et plus précoce, nous avons
travaillé sur des carottages de sol, pris au pied des arbres et
contenant donc des fragments de racines. Ces carottes fournissent plusieurs types d'échantillons.
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Rhizomorphes d' Armillaria gallica. Cette espèce est très courante sur bois mort (Photo B. Campanella).
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La technique que nous avons décidé d'utiliser repose sur
la prise d'échantillons de sol (à 1m du pied de l'arbre,
sur une profondeur maximale de 25 cm). Comme l'illustre le
schéma ci-dessous, l'échantillon est divisé pour
étudier les racines fines, leur mycorhization, leur état
sanitaire, mais
aussi pour détecter la présence de l'armillaire et
éventuellement pour isoler des souches fongiques.
La perte de racines suite à l'action d'un pourridié peut
entraîner une réaction de l'arbre. Certaines
espèces sont capables de recréer des racines de soutien,
mais dans la plupart des cas, des racines fines sont produites à
proximité du collet de manière à maintenir
l'alimentation de l'arbre. Nous avons donc mesuré la
densité de racines fines via la biomasse racinaire
présente dans 100 g de sol (biomasse racinaire relative ou BRR).
Une BRR élevée serait susceptible d'indiquer un arbre
stressé ou attaqué. Mais cela n'indique pas de
façon précise si l'arbre est atteint par l'armillaire.
La cartographie de la répartition de l'armillaire a
été complétée par des analyses ADN
réalisées sur les échantillons de sol et
d'écorce racinaire. Ces analyses ont été
réalisées par
le CRAw (Dr. A. Chandelier et son équipe).
En 2007, les échantillons ont été
prélevés uniquement dans 4 zones (carte ci-dessous). Ces
zones ont été choisies sur base des symptômes
observés sur les hêtres et qui ont conduit à
l'abattage préventif des arbres les plus dangereux. Globalement, la partie
nord de la Drève est celle qui présente le plus de
dégâts, alors que la partie sud est plus
épargnée.
Les résultats des premières analyses ADN montrent:
1. Il n'y a pas qu'une espèces d'armillaire présente, mais trois:
A. mellea, A. gallica et
A. cepistipes. Les deux premières sont classiques dans nos régions, alors qu'
A. cepistipes
est généralement retrouvée dans des régions
de plus haute altitude. Nous ne l'avons retrouvée que dans
quelques échantillons.
A. gallica est
nettement
l'espèce la plus souvent rencontrée dans les
échantillons. Cette diversité d'espèces est
très importante, car leur comportement vis-à-vis des
arbres est différent.
A. mellea est
un parasite primaire, qui attaque des sujets au départ en
parfaite santé. Elle se disperse essentiellement en passant des
racines d'un arbre à celles de son voisin.
A. gallica,
par contre, ne s'attaque qu'à des sujets déjà
affaiblis. Elle peut également survivre sur du bois mort et se
disperser sur de longues distances sous la forme de rhizomorphes.
2. Les analyses ont à la fois porté sur le sol et sur les morceaux d'écorce racinaire isolés.
A. gallica est
très présente sur les fragments d'écorce, à
la fois au nord et au sud de la Drève, ce qui pourrait indiquer
une attaque importante du champignon sur des arbres déjà
affaiblis par d'autres causes. Par contre, nous
avons retrouvé beaucoup moins d'
A. mellea,
ce qui pourrait être lié aux abattages
réalisés pour raisons de sécurité. Les
arbres désouchés emportent avec eux une grande partie du
champignon parasite, ce qui ralentit son attaque sur le reste de la
Drève.
Une nouvelle campagne d'analyses est en cours pour déterminer
précisément quels sont les arbres présentant de
l'armillaire au niveau de leurs racines. Cela permettra de
définir quelles sont les portions de l'alignement pour
lesquelles l'abattage est prioritaire.
D'autre
part, un essai est également en cours pour vérifier
comment il est possible de replanter dans de bonnes conditions pour que
l'alignement ait toutes les chances de redevenir majestueux à
l'avenir. Vingt-cinq jeunes plants ont été
installés dans un sol sain au sud de la Drève. Une partie
d'entre eux ont été mycorhizés. L'objectif est de
mesurer l'impact (normalement positif) de la mycorhization sur la
reprise des plants, mais également de voir si cela peut
protéger de manière temporaire les jeunes racines contre
un retour de l'armillaire.
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| Plantation de 25 jeunes hêtres pourpres (cal. 20/25) au sud de la Drève. Photo B. Campanella |
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Inoculation par des champignons mycorhiziens lors de la plantation. Photo B. Campanella |
En résumé, nous tentons de définir la meilleure manière de replanter pour le long terme, en tirant un maximum de connaissances de l’alignement actuel.
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