Requasud

L’évolution de l’agriculture et de l’agro-alimentaire en Wallonie est dictée par les choix politiques et économiques que l’on retrouve aussi bien au niveau européen (Réformes de la PAC 2003 et 2009, orientations stratégiques de la Communauté pour le développement rural 2007-2013) qu’au niveau régional (Programme de Gestion Durable de l’Azote, Plan Marshall, etc.).

Compte-tenu des attentes de la société, le développement durable impose une meilleure utilisation des ressources et une amélioration de la qualité des productions. Il passe également par une politique de protection de l’environnement et des ressources naturelles. Pour atteindre ces objectifs, il est nécessaire de disposer d’outils fiables de mesure, de guidance et d’indicateurs.

Dans ce contexte, depuis 1989, l’ASBL REQUASUD (Réseau Qualité Sud) a développé et gère actuellement un réseau de laboratoires offrant un service d’analyse et de conseil fiable, rapide et adapté, répondant aux besoins des acteurs des secteurs agricole et agro-alimentaire.

Sa mission d’intérêt public, définie dans une convention-cadre avec la Région wallonne, répond à la mise en place, au développement et à l’évolution de politiques concernant la gestion de la qualité des produits, mais aussi de l’environnement.

Les laboratoires du réseau disposent d’agréments, délivrés par les autorités belges, relatifs aux différents types d’analyses et sont donc reconnus officiellement.

L’accréditation de certains d’entre eux par BELAC, suivant la norme ISO/CEI 17025, est aussi un pas important dans la reconnaissance de la qualité des analyses réalisées.

La structure en réseau vise non seulement à harmoniser les analyses réalisées dans les laboratoires du réseau, mais également à assurer leur fiabilité.

Le laboratoire QSPA (Qualité et Sécurité des Produits Alimentaires) dirigé par le Professeur M. Sindic de l’Université de Liège-Gembloux Agro Biotech s’est vu confié le rôle de laboratoire d’encadrement référentiel de la chaine NIR pour l’analyse de la qualité chimique et technologique de la viande et de ses dérivés, des fruits et légumes ainsi que des dérivés du lait. Il offre aux laboratoires de proximité, une information relative aux méthodes d’analyses de référence et organise des essais inter-laboratoires sur des produits de viande afin de les aider à maitriser la qualité des résultats de leurs analyses.

Nutrisens

Le projet

Le projet transfrontalier « Nutrisens » a débuté en mars 2009 et s’inscrit dans le cadre du programme Interreg IV France-Wallonie 2007-2013. Ce projet a pu démarrer suite à une collaboration de près de 12 ans entre GxABT et le centre d’expertise alimentaire ADRIANOR (Arras, France).

Pour le versant belge (GxABT), il est financé à concurrence de 50% par l’Union Européenne (FEDER – Fonds Européen de Développement Régional) et par le Service Public Wallonie (DGO « Economie, Emploi et Recherche ») pour l’autre moitié.

Le contexte

Les rayons des grandes surfaces débordent de produits dont l’étiquette vante la valeur « santé » : produits allégés (en sucre, en matière grasse, en sel…), gammes de produits « bons pour la ligne », produits naturellement riches ou enrichis en divers constituants nutritionnellement intéressants (oméga 3, fibres, vitamines, anti-oxydants…) ou encore produits revendiquant un impact positif sur la santé (« renforce le système immunitaire », « diminue le risque de maladies cardio-vasculaires », etc.).

Le secteur agro-alimentaire a très rapidement compris que le consommateur est à la recherche de produits plus sains et l’aspect « santé » des produits alimentaires est devenu un puissant argument de vente.

Mais cet argument « santé » a un coût pour l’entreprise qui doit non seulement assurer l’adéquation constante du produit et de son étiquette mais également définir une stratégie de marketing et développer une communication efficace. L’argumentation « santé » est donc largement exploitée par les grandes sociétés agro-alimentaires mais demeure peu utilisée par les sociétés locales de plus petite taille. En ces temps de crise, l’aspect nutritionnel peut donc être un levier d’action efficace pour aider ces PME à rester concurrentielles.

Par ailleurs, le coût des analyses liées aux obligations légales en matière d’étiquetage est parfois difficile à supporter pour les petites structures. Le projet Nutrisens est donc pour celles-ci une opportunité de pouvoir obtenir ces analyses gratuitement.

Le projet « Nutrisens » s’intéresse également au point de vue du consommateur : ne risque-t-il pas d’être trompé ? Il est effectivement difficile de s’y retrouver parmi toutes ces informations. L’Union européenne met en place une législation de plus en plus restrictive afin de protéger les intérêts du consommateur. L’étiquetage plus systématique et plus complet des informations « nutrition-santé » ne peut donc que l’aider à mieux maîtriser ses achats et son alimentation quotidienne.

L’objectif

Forts de leurs expériences en agro-alimentaire et en analyse sensorielle, les deux partenaires ont initié le projet Nutrisen afin d’aider les entreprises (PME) agro-alimentaires de la Région wallonne et du Nord de la France dans leurs démarches de développement en leur apportant un soutien technique et une expertise dans le domaine nutritionnel, tout en consacrant une grande attention à la qualité sensorielle.

Le but premier du projet est de permettre aux entreprises de mieux connaître et maîtriser la qualité nutritionnelle de leurs produits ainsi qu’à mieux communiquer à ce sujet et à mieux informer le consommateur. L’objectif final est de favoriser le développement économique des entreprises, tout en influençant positivement la santé des consommateurs.

L’aspect sensoriel est également au centre des préoccupations du projet. En effet, après le prix, et avant la qualité nutritionnelle, la qualité sensorielle fait partie des premiers arguments de choix des consommateurs. Quel sera l’impact d’une modification de la recette (allègement par exemple) sur les propriétés organoleptiques ? Quel sera l’impact sur la durée de vie du produit ? Comment le consommateur positionne-t-il le produit de l’entreprise par rapport à la concurrence ? Est-il possible d’augmenter la durée de vie du produit, ou au contraire faut-il la diminuer ? Autant de questions auxquelles le projet Nutrisens a permis de répondre.

Les réalisations

Concrètement, les entreprises ont bénéficié d’audits et d’analyses gratuites afin de mettre en évidence les forces et les faiblesses de leurs produits. Elles ont ainsi reçu des conseils sur les possibilités de valorisation et d’amélioration de ceux-ci. Enfin, un accompagnement personnalisé a été proposé aux entreprises souhaitant exploiter les pistes et conseils reçus lors de la phase d’audit.

Parallèlement à ce travail individuel avec les entreprises, les deux partenaires du projet ont également menés des travaux de recherche appliquée dont les résultats ont été diffusés auprès des filières concernées, ainsi que des actions d’information des entreprises.

A ce stade du projet (bilan provisoire effectué au 31/12/2011), il a été proposé à plus de 600 PME de la zone de prendre part au projet, au travers de courriers personnalisés, d’articles dans la presse spécialisée, et via une présence dans différents salons et foires.

Des journées d’information ont été organisées en Belgique et en France. Elles étaient destinées aux acteurs du secteur agro-alimentaire et abordaient aussi bien la législation que le marketing ou des aspects techniques. Plus de 80 personnes issues du milieu de l’agro-alimentaire (entreprises, fédérations…) ont assisté à ces journées, organisées en collaboration avec des structures régionales.

Une enquête réalisée en début de projet auprès d’une soixantaine d’entreprises réparties équitablement en France et en Belgique a montré que les entreprises de la zone Interreg sont très attentives à la qualité sensorielle de leurs produits et demandeuses d’un soutien dans ce domaine. L’aspect nutritionnel semble moins prioritaire mais fait toutefois partie des voies de développement envisagées par les PME sondées. Il apparaît enfin que les entreprises sondées préfèrent assurer leur développement par des actions de consolidation des acquis (amélioration d’un produit, meilleure valorisation d’un produit existant…) plutôt que par des actions d’innovation proprement dite.

Chacune des 57 entreprises participant au projet a bénéficié de l’expertise des deux partenaires et ont reçu un bilan personnalisé de sa situation par rapport à un objectif spécifique fixé avec elle et en lien avec la problématique nutritionnelle ou sensorielle. Chaque entreprise a également reçu des conseils personnalisés, en fonction de ses questions et de ses objectifs de développement.

Les secteurs représentés dans le projet sont la biscuiterie/pâtisserie (14), les viandes/salaisons (10), les plats préparés/condiments (10), les préparations de fruits et légumes (7), le poisson (6), les produits laitiers (5) la confiserie/chocolaterie (3), et les boissons (2). Les thèmes abordés sont les suivants : amélioration du profil nutritionnel (réduction sucre, MG, sel – 15), positionnement par rapport à la concurrence (15), amélioration de l’étiquetage (13), étude des possibilités d’allégations (9), étude de l’impact du process (3), comparaison entre recettes (2).

Au terme de la phase de bilan, les entreprises qui le désiraient ont également pu recevoir un soutien technique dans leurs démarches de R&D. A ce jour, 16 entreprises se sont engagées dans ce suivi plus approfondi. Les thèmes généraux de ces recherches sont nutritionnels et/ou sensoriels : améliorations nutritionnelles de la formulation (allègement en sucre, sel, matière grasse, énergie; substitution de l’huile de palme), création de nouveaux produits (gamme « déjeuner », chocolats « fonctionnels »), validation de la DLUO, validation de la formulation, comparaison sensorielle avec la concurrence ou entre recettes.

Parallèlement, des thématiques de recherche appliquée ont été développées conjointement par les deux opérateurs, en partenariat avec certaines entreprises. Elles s’adressent aux secteurs des produits sucrés, de la biscuiterie/pâtisserie et des fruits & légumes et portent sur des sujets actuellement particulièrement sensibles pour ces secteurs : la substitution de l’huile de palme et la stabilité des vitamines. Les résultats généraux de ces recherches seront diffusés autant que possible, tandis que les résultats particuliers sont au bénéfice des entreprises-partenaires.

Ainsi, le projet a déjà permis la rédaction et la diffusion d’un dossier technique sur les possibilités de réduction de la teneur en sucre des produits alimentaires (distribué aux PME intéressées) et la mise au point d’un module de formation intitulé « La nutrition dans les IAA », destiné aussi bien aux futurs ingénieurs (étudiants) qu’aux ingénieurs en place dans l’agro-alimentaire. Différents articles ont également été publiés dans des revues spécialisées :

  • « Etiquetage nutritionnel : quels repères ? » dans la revue « Food Science and Law » (publié)
  • « Se faire une opinion sur l’huile de palme : éléments de compréhension » dans la revue « Food Science and Law » (sous presse)
  • « La polémique autour de l’huile de palme : instantanés d’un secteur en crise » – soumis à la revue « Industries Alimentaires et Agricoles »
  • « Evaluation de l’impact de 6 matières grasses (palme et non-palme) sur les caractéristiques instrumentales et sensorielles d’une matrice de type cake» dans la revue « Oléagineux, Corps gras, Lipides » (sous presse)
  • Un article sur la stabilité de la vitamine C lors des traitements thermiques est en préparation

Par ailleurs, une communication vers le consommateur a également été développée, afin de l’informer et de le sensibiliser aux démarches mises en place par les entreprises : une exposition didactique présentant entre autres les notions d’étiquetage nutritionnel, d’équilibre alimentaire, d’apports journaliers et de qualité sensorielle a été créée et exposée à diverses occasions.