Les éléphants des savanes d’afrique de l’ouest et centrale menacés d’extinction.
Communiqué de presse – 23 juin 2011
» Les chercheurs de Gembloux agro-Bio tech (ULg) dressent un constat alarmant : 50% des éléphants de ces zones ont disparu en 40 ans.
» L’éléphant joue le rôle d’indicateur écologique. S’il disparaît, de nombreuses autres espèces disparaitront avec lui.
» L’étude, réalisée en collaboration avec l’Université d’Oxford et l’Université du Colorado, fait l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue PLoSONE.
Une étude de terrain de grande envergure, menée par des chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège), révèle qu’en quarante ans, un éléphant sur deux a disparu des savanes d’Afrique de l’Ouest et centrale. Le constat est plus alarmant en Afrique centrale où trois éléphants sur quatre ont disparu (76%) durant cette période.
Dirigée par Philippe Bouché et coordonnée par Cédric Vermeulen (Gembloux Agro-Bio Tech) et réalisée en collaboration avec l’Université d’Oxford, l’Université du Colorado ainsi que l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, cette étude internationale s’est concentrée sur l’Afrique soudano-sahélienne, qui représente à elle seule plus de 6 millions de km2, soit 20% du continent africain. Grâce à des comptages aériens, mobilisant jusqu’à six appareils simultanément pendant plus de 1.000 heures de vol, les scientifiques ont couvert 91% de la population minimum d’éléphants de la zone d’étude.
Un bouleversement écologique majeur
Ces recherches, qui font aujourd’hui l’objet d’un article important publié dans la prestigieuse revue « PLoSONE » (www.plosone.org/), dressent un constat alarmant : seuls 7.750 éléphants subsistent dans cette partie du monde, ce qui représente à peine 1,5% de la population minimum du continent, estimée à 472.000 éléphants. Quant aux petites populations de moins de 200 individus, elles sont aujourd’hui quasi éteintes. En outre, les éléphants ont vu leur espace disponible se réduire à 5% de la superficie initiale.
Si les populations d’éléphants sont souvent de petite taille, dispersées et sans contact entre elles, deux grands ensembles subsistent néanmoins. Le premier en Afrique de l’Ouest et le second en Afrique centrale. Bien que des contacts sporadiques pourraient avoir lieu entre certaines populations au sein de leur ensemble respectif, ces deux grands ensembles sont séparés par une zone de près de 900 km2 densément peuplée, principalement située au Nigéria.
La régression et l’éventuelle disparition d’un herbivore important comme l’éléphant s’accompagnent de bouleversements écologiques majeurs. L’éléphant occupe en effet une place centrale dans les savanes. Il joue notamment un rôle d’architecte des paysages et de disséminateur des graines.
Par ailleurs, l’éléphant est un indicateur écologique de l’état global de la santé de l’écosystème : sa disparation signifierait celle de beaucoup d’autres espèces.
Les causes principales : l’augmentation démographique et les changements climatiques.
Les scientifiques attribuent cette menace d’extinction à deux facteurs principaux :
D’une part, une démographie humaine importante. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale sont les régions les plus peuplées : elles regroupent 31% de la population du continent, vivant essentiellement d’une agriculture d’autosubsistance, ce qui entraîne une importante demande en terre.
D’autre part, les changements climatiques provoquent, depuis le début des années 70, un important assèchement de cette partie du globe. Les savanes d’Afrique de l’Ouest et centrale ont perdu, sur cette période, un isohyète de 100 mm de pluie (soit 10% du volume annuel). Cet assèchement provoque des bouleversements du contexte socio-économique et politique, tels que la diminution des rendements agricoles, l’augmentation des conflits entre éleveurs transhumants et agriculteurs du fait de la migration du bétail. Le bétail se dirige naturellement vers les aires protégées qui disposent d’eau et de pâturages de qualité, créant une concurrence avec la faune pour l’accès à l’eau, à la nourriture et favorisant la transmission de maladies (charbon, etc.).
A ces deux causes principales s’ajoutent les pertes liées aux guerres et au commerce illégal de l’ivoire, surtout dans les savanes d’Afrique centrale.
Des corridors entre les aires protégées pour rompre l’isolement des populations d’éléphants
Pour les auteurs de cette étude, des pistes de solutions existent. Ainsi, il est urgent que l’éléphant puisse bénéficier d’une prise en compte transnationale renforcée par les institutions régionales et internationales. Il est également important d’impliquer activement les communautés locales au travers d’une réelle redistribution des revenus issus de la faune (écotourisme) et de permettre une meilleure valorisation de la faune par le secteur privé.
Par ailleurs, afin de briser l’isolement, y compris génétique, des éléphants d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, il est urgent de créer des corridors effectifs entre les aires protégées.
Ces recherches ont bénéficié d’un budget d’un million d’euros au travers d’un soutien, entre autres, de la Belgique, de l’Union européenne, de l’UNESCO, de l’Agence Française de Développement, de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement.
Philippe Bouché est chercheur à Gembloux Agro-Bio Tech au sein du Unité de Gestion des Ressources forestières et des Milieux naturels dirigé par le Pr. Philippe Lejeune. Il est spécialiste de la conservation de l’éléphant, des inventaires de faune et de la gestion des aires protégées des savanes d’Afrique centrale et de l’ouest. Il a travaillé dans près de 15 pays depuis le Sénégal jusqu’au Kenya, comme chef de projet et chercheur depuis plus de 15 ans. Il s’intéresse à la conservation de la faune africaine et, plus particulièrement, de l’éléphant, dans l’optique de créer des sources de revenus au profit des communautés locales riveraines des aires protégées.
Cédric Vermeulen est docteur en Sciences agronomiques et Ingénierie biologique, diplômé de la Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux. Il travaille depuis plus de dix ans en Afrique, d’abord comme assistant technique et chercheur au sein de différents projets de gestion des ressources naturelles, en République centrafricaine, au Cameroun, au Burkina Faso, puis comme chargé de mission. Ingénieur en aménagement du territoire, il s’est spécialisé dans la problématique du facteur humain dans la gestion des espaces-ressources et, plus particulièrement, la gestion de la périphérie des aires protégées de savane et de forêt. De 2000 à 2002, il a travaillé comme conseiller technique au Ranch de Faune de Nazinga, au Burkina Faso, où il a mené à la fois des activités de gestion et de recherche dans le cadre d’un projet de valorisation scientifique du site subventionné par la Région Wallonne. Suivent ensuite plusieurs années d’expertises diverses dans plus de dix pays d’Afrique. Il enseigne aujourd’hui la gestion participative des milieux naturels dans le cadre du Laboratoire de Foresterie tropicale et subtropicale dirigé par le Pr Jean-Louis Doucet, au sein de l’Unité de Gestion des Ressources forestières et des milieux naturels.



