Contraintes et stratégies d’amélioration de la filière maïs au Rwanda

Projet finalisé

Pays : Rwanda

Commanditaire :

Durée : [ - ]

Rubrique : Coopération internationale

Musabanganji Edouard (2017). Thèse de doctorat, Belgique, Université de Liège-Gembloux Agro-Bio Tech, 205 p., 35 tab., 26 fig.

Résumé :

Depuis plus d’une décennie, le Rwanda a adopté une série de politiques et stratégies visant le développement économique et l’amélioration des conditions de vie de sa population majoritairement agricole. Dans le secteur agricole, la mise en pratique de ces stratégies et des programmes y relatifs s’est accompagnée d’une série de progrès en matière d’adoption de paquets technologiques et de l’augmentation de la production. Cependant, on remarque que l’économie du pays est toujours caractérisée par une agriculture de subsistance, et pour la filière maïs en particulier, le pays affiche une dépendance continuelle vis-à-vis des importations pour satisfaire la demande nationale, et les usines de transformation du maïs opèrent toujours en dessous de leur capacité installée. Cette recherche se propose de comprendre le niveau de compétitivité de cette filière dans les conditions actuelles de production et de commercialisation en vue d’inventorier les contraintes existantes et de formuler les stratégies pouvant améliorer le niveau de performance économique de la production et le système de commercialisation du maïs.
Les données collectées pour étudier la performance économique de la production du maïs proviennent d’un suivi rapproché des activités de production du maïs sur un échantillon de 50 producteurs issus de cinq coopératives de producteurs de maïs choisies dans les districts de Huye, Rusizi, Gasabo, Burera et Bugesera pendant deux saisons culturales. Elles ont été complétées par l’observation directe, les entretiens avec les personnes ressources ciblées et les discussions de groupes focalisés. L’analyse a été faite à l’aide de l’analyse de groupe et des méthodes statistiques appropriées. L’étude de la chaîne de commercialisation a utilisé le modèle ‘Structure-Comportement-Performance’ avec des données collectées sur un échantillon de 150 producteurs et 17 collecteurs choisis dans les districts de Burera, Bugesera et Huye, et 15 transporteurs, 5 grossistes et 15 détaillants choisis au marché national de Kigali.
Les résultats ont révélé que pour la plupart des producteurs, le rendement reste très faible comparativement aux rendements théoriques attendus, les prix de revient restent plus élevés et supérieurs aux prix de vente, la marge brute et le revenu du travail familial sont négatifs et la valeur ajoutée brute créée par les producteurs n'est pas élevée quand bien même elle est positive. L'analyse a montré que l’augmentation du prix de vente influence positivement la marge brute, la valeur ajoutée et le revenu du travail familial, et que l’usage rationnel des semences améliorées, des engrais chimiques et amendements contribuent à augmenter le rendement. Ce qui montre clairement que l’amélioration du prix de vente et de l’usage rationnel des intrants peut contribuer significativement à faire de la production du maïs une activité plus rentable et rémunératrice des facteurs de production. Cette étude a également mis au clair les défis qui entravent le processus de production du maïs. Ils englobent: la non-disponibilité et le faible accès aux intrants, l’insuffisance de l’encadrement technique, les ressources financières limitées et le faible accès au crédit agricole formel, le coût élevé de location des marais, le mode de fixation du prix plancher et manque de mécanismes assurant son usage par les acheteurs potentiels, le manque d’infrastructures de stockage, et la non-durabilité des subventions aux intrants octroyées par le gouvernement. Au niveau de la commercialisation, les résultats ont révélé que plusieurs acteurs participent dans la commercialisation du maïs. L’étude a également révélé que le maïs importé de l’Ouganda est vendu sur le marché domestique à des prix moins élevés que le maïs produit localement, ce qui atteste en même temps de la hausse du coût de production du maïs au Rwanda par rapport à l’Ouganda et du faible niveau de compétitivité du maïs local par rapport au maïs de l’Ouganda. L’état amélioré des routes de desserte et le niveau élevé d'accès à l'information sur les prix par les acteurs ont été soulignés parmi les innovations technologiques qui ont contribué à améliorer le système de commercialisation des denrées agricoles en général et du maïs en particulier, ce qui a également été témoigné par le niveau d’intégration observé entre les marchés de collecte de maïs et le marché national de Kigali. Toutefois, on note que le manque de capital suffisant et le faible accès au crédit formel ont été signalés comme contraintes majeures par la plupart des acteurs de la chaîne.
A la lumière de tous ces résultats, il est clair que les conditions de production et de commercialisation du maïs ne sont pas bonnes à tous les niveaux. Ceci porte atteinte à la capacité de la filière à répondre convenablement à la demande domestique, à générer des revenus pour les acteurs et à s’intégrer sur les marchés tant domestiques que régionaux. Par conséquent, les stratégies visant à augmenter la production et améliorer les conditions de conduite de la filière ont été recommandées. Elles incluent la mise en place d’actions visant à améliorer l’accès au financement par les acteurs de la filière, à rendre disponibles et accessibles les intrants, à réorganiser le système de commercialisation surtout en matière de fixation et d’usage du prix plancher, à rendre disponibles les infrastructures de stockage dans les zones où elles sont en déficit, à améliorer le suivi, la formation et la sensibilisation des producteurs de maïs sur les techniques culturales et l’adoption des innovations, et à harmoniser au niveau national les coûts de location de la terre des marais. 

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