Représentations de l’environnement et adoption des pratiques durables de production par les cotonculteurs du Bénin

Projet finalisé

Pays : Bénin [voir la carte]

Commanditaire :

Durée : [ - ]

Rubrique : Coopération internationale

Assogba Sonagnon Claude-Gervais (2014). Thèse de doctorat, Université de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech.
204 p., 44 tabl., 31 fig., 15 encarts.

Résumé : 

La présente recherche vise à contribuer à une meilleure compréhension du phénomène d'adoption des innovations environnementales. Elle part de l’analyse des représentations de l’environnement et des pratiques culturales associées à la gestion durable des exploitations cotonnières afin de mieux saisir les logiques et stratégies qui les fondent d’une part ainsi que les raisons qui expliquent les comportements paysans dans l’adoption des systèmes alternatifs de production de coton (SAPC) au Bénin d’autre part. Les théories d’analyse du changement technique, plus particulièrement la théorie de l’appropriation des innovations, renforcée par la théorie orientée vers les acteurs et les considérations théoriques sur les logiques et stratégies d’acteurs et les représentations sociales, ont servi de fil conducteur.
Les systèmes de production de coton biologique (SCBIO) et du Cotton made in Africa (SCMIA) ont servi de cas d'étude. La phase empirique de la recherche s’est déroulée dans les communes de Kandi et de Péhunco, situées dans le bassin cotonnier du Nord Bénin. Un échantillon de 90 exploitants SCBIO, de 100 exploitants SCMIA et de 39 agents des structures promotrices de ces systèmes, a été constitué à partir d’une typologie à dires d’acteurs, conçue sur la base de critères endogènes de prospérité. Vu le caractère empirique de la recherche, une attention particulière a été accordée aux données primaires. Des outils qualitatifs et quantitatifs ont été combinés pour l’analyse des données collectées grâce à des entretiens individuels et de groupes.
Il ressort de l’étude que la contribution du SCBIO et du SCMIA à l'économie nationale reste marginale en comparaison au mode conventionnel, système pourtant décrié. Au niveau paysan, l'analyse de ces systèmes de production montre qu'ils ne sont pas durablement intensifs et leur appropriation est caractérisée par des divergences entre les exigences et pratiques recommandées et les pratiques paysannes. En particulier, la gestion de la fertilité des sols et des ravageurs reste problématique. En clair, l’utilisation de la matière organique et la pratique de la rotation intégrant des légumineuses constituent les principales formes de gestion de la fertilité des sols au sein des exploitations SCBIO. Cependant, les apports de la matière organique en quantité et en qualité restent limités par la faible disponibilité de la matière organique, le manque crucial de matériel de transport, les conditions de production de la fumure, etc. Par ailleurs, la difficulté liée à la préparation des biopesticides et leur efficacité réduite, les contraintes liées à l’observation du complexe parasitaire, etc. constituent d’énormes contraintes à une gestion efficace des ravageurs. Au niveau des exploitations SCMIA, la pratique de la fertilisation organo-minérale reste peu répandue ; les apports de fumure organique sont très infimes et ceux des engrais minéraux insuffisants. L'application de la lutte étagée ciblée (LEC), principale méthode de gestion des ravageurs, est limitée par des contraintes de mise en place tardive des insecticides, leur faible efficacité, la pénibilité de la méthode, etc. ; ce qui contraint les exploitants à l’usage de pesticides en surdose ou au recours aux pesticides prohibés tels que l’endosulfan. Jugeant de la nécessité de recourir aux engrais minéraux pour les vivriers, notamment le maïs, certains producteurs développent diverses logiques stratégiques pouvant revêtir la forme de ruse, de contournement, de non-respect des cahiers de charges, d'abandon, etc. en vue d'y accéder. L'analyse de ces logiques stratégiques a montré qu'elles constituent un équilibre provisoire, une résultante de différents registres explicatifs relatifs aux représentations sociales de l'environnement, à la perception des dispositifs de développement, aux objectifs de production et de reproduction sociale, à la particularité de la demande de coton « durable », etc. Dès lors, toute action visant la durabilité des systèmes de production de coton doit permettre l'amélioration des moyens d'existence des producteurs afin de favoriser leur accès aux intrants en quantité et en qualité suffisantes pour une meilleure gestion de la fertilité des sols et des ravageurs. Des actions de sensibilisation et de renforcement des capacités sur l’importance de l’intégration des légumineuses au système de rotation, l’amélioration de la méthode de la lutte étagée ciblée, etc. devront être envisagées. Au niveau politique, il serait souhaitable que les décisions politiques n’affectent pas négativement le développement de filières cotonnières alternatives. Il importe aussi que des mesures soient prises en vue de faciliter l’accès des exploitants aux engrais minéraux destinés aux cultures vivrières dont principalement le maïs afin d’éviter le bradage des vivriers.

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