Analyse des facteurs influençant la disponibilité des produits vivriers dans la province de Khammouane, Laos

Projet finalisé

Pays : Laos [voir la carte]

Commanditaire :

Durée : [ - 2007]

Rubrique : Coopération internationale

Khemmarath, Sitha (2007). Thèse de doctorat. Gembloux, Faculté universitaire des Sciences agronomiques.

319 pages, 77 tableaux, 40 figures et 2 cartes

Résumé : La sécurité alimentaire, plus spécifiquement la disponibilité des aliments de base, est toujours considérée par le Gouvernement du Laos comme une des tâches prioritaires, dans le programme national du développement  économique. Depuis trois décennies, le Laos a fait de grands efforts dans le domaine du développement rural, avec pour finalité d’assurer la disponibilité des aliments essentiels aux  habitants. La pénurie en aliments de base existe néanmoins toujours,  surtout dans les zones rurales. Cette recherche a pour objectif  principal d’analyser les facteurs qui différencient l’accessibilité des produits vivriers au niveau du ménage dans la zone centrale du Laos (districts de Hinboune et de Nakai, dans la province de Khammouane). Comme objectifs spécifiques, tout d’abord la recherche vise à  identifier les systèmes de production existants dans cette zone, ensuite démontrer les facteurs de production qui déterminent les niveaux d’auto-approvisionnement pour les familles agricoles et mettre en évidence les revenus des familles agricoles, et à la fin apprécier la consommation des produits alimentaires de base par une unité de consommation. Pour arriver à ces objectifs, premièrement, des enquêtes quantitatives et qualitatives ont été menées en 2003, auprès  de 140 ménages agricoles qui ont été pris comme échantillons représentatifs dans 14 villages. Ceux-ci se trouvent dans 4 zones écologiques (de plaine, de collines, de plateau et montagneuses) qui représentent toute la diversité écologique du pays. Ensuite, les données recueillies sur les 140 ménages agricoles sont analysées et classées en 4 catégories selon leurs niveaux d’auto-approvisionnement en riz; le riz étant identifié comme le produit alimentaire de première nécessité. Le niveau d’auto-approvisionnement est aussi utilisé comme un indicateur marquant l’état de la disponibilité alimentaire des familles agricoles. Enfin, nous avons fait la corrélation de l’indicateur d’auto-approvisionnement en riz avec différents facteurs: le revenu familial, les facteurs de production (le capital terre, la main-d’oeuvre familiale, les matériels productifs, l’accès aux intrants et au capital ruminant), et la diversification du système de production, afin de déterminer l’importance de ces facteurs. La première partie des résultats de la recherche révèle que les systèmes de production de la zone sont composés des sous-systèmes suivants: la riziculture pluviale, le riz irrigué dans la saison sèche, le riz sur abatis-brûlis, les cultures maraîchères et potagères, l’élevage des buffles et des bœufs, l’élevage des volailles et des porcs, la pêche, la cueillette, la chasse, le petit commerce et le travail salarié. Ces activités sont pratiquées par les familles agricoles avec différentes combinaisons en termes de  part dans le revenu.  Ces combinaisons varient désormais selon la zone écologique et les catégories des familles. D’après l’analyse, les facteurs influençant la disponibilité alimentaire des familles sont quant à eux: le revenu familial, les facteurs de production (à savoir: la terre propice à la riziculture, la main-d’œuvre familiale et son niveau d’éducation, l‘accès aux matériels productifs, l’accès au capital ruminant, l’accès aux variétés du riz améliorées et aux services de la vulgarisation agricole), et la diversification du système de production agricole. Ces facteurs peuvent être considérés comme déterminants pour expliquer la pénurie alimentaire pour les familles agricoles de la zone étudiée, dans le présent contexte écologique et socio-économique. Nous avons constaté que le revenu familial provenant des différentes activités économiques varie grandement, en fonction du village, de la zone écologique, et de la catégorie des familles. Cette variabilité peut être expliquée par la diversité des systèmes de production, l’accès aux moyens de production, l’accès aux ressources forestières et aquatiques par les familles des différentes catégories. La superficie des terres cultivées par les familles déficitaires chroniques en riz est significativement différente de celle des terres cultivées par les familles avec un meilleur auto-approvisionnement en riz. De plus, les familles excédentaires en riz ont plus de possibilités de cultiver le riz sur une terre fertile que les familles des autres catégories. La main d’œuvre familiale (plus précisément le nombre des actifs par rapport aux bouches à nourrir dans une famille) montre une différence significative entre les familles autosuffisantes voire excédentaires et les familles déficitaires en riz. La disponibilité de la main-d’œuvre est aussi liée étroitement au cycle de vie familiale. Les familles déficitaires ont peu de main-d’œuvre et se situent soit dans un cycle de vie initiale (nouvelles familles) soit dans un cycle de vie avec un problème de décès (d’un des époux). Les matériels productifs concernant, en particulier, le motoculteur, les matériels pour la pêche et pour les cultures maraîchères, ne sont pas directement liés au niveau d’auto-approvisionnement en riz des familles agricoles mais ils jouent bien un rôle important dans la création du revenu familial. Ce dernier permet cependant aux familles agricoles d’accéder aux denrées alimentaires. Le capital ruminant est lié à  l’acquisition des matériels productifs, à l’investissement dans l’agrandissement  de la rizière et dans l’achat des intrants qui permettent aux agriculteurs d’améliorer la production et la productivité de la riziculture ainsi que l’auto-approvisionnement en aliments nécessaires pour leurs familles. L’accès aux intrants, en particulier, aux variétés du riz améliorées et aux services de la vulgarisation en matière de développement variétal et de l’amélioration de la production rizicole est possible plus pour la majorité des familles autosuffisantes voire excédentaires que pour les familles déficitaires en riz. La diversité du système de production agricole qui implique un grand nombre d’activités économiques avec des proportions importantes dans le revenu familial est aussi corrélée avec le niveau d’auto-approvisionnement en riz. Plus diversifié est le système de production plus important est le niveau d’auto-approvisionnement en riz des familles. La consommation des aliments de base par les familles de cette zone concerne la consommation du riz, des poissons, des viandes diverses, des volailles et la consommation des fruits et des légumes. La consommation du riz n’est pas différente entre catégories des familles et ne dépend pas non plus seulement de la disponibilité du produit en provenance de la propre production des agriculteurs car ils ont d’autres moyens d’accéder au riz qui manque à savoir la consommation des produits de substitution, l’échange de riz contre des produits forestiers, l’achat de riz, et le mécanisme de solidarité entre villageois. Par contre, la consommation des poissons présente une différence notoire entre les familles autosuffisantes voire excédentaires et les familles déficitaires en riz car l’accès aux matériels de pêche est différent entre les catégories des familles. La consommation des viandes diverses et des volailles représente une quantité minime pour toutes les catégories des familles alors que les fruits et les légumes cultivés et de la forêt constituent une partie importante dans les repas quotidiens des familles agricoles.

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