Evaluation des impacts des projets de développement sur les exploitations agricoles familiales et les ménages de l’ATACORA (Nord-Ouest du Benin)

Projet finalisé

Pays : Bénin [voir la carte]

Commanditaire :

Durée : [ - 2016]

Rubrique : Coopération internationale

Tohinlo Yécy Judith Peggy (2016). Thèse de doctorat, Belgique, Université de Liège-Gembloux Agro-Bio Tech, 278 p., 106 tabl. 59 fig., 3 cartes et 8 encadrés.

Résumé :

La présente recherche doctorale vise à contribuer à une meilleure connaissance des effets des projets de développement sur l’amélioration des conditions de vie et d’existence des ménages ruraux du Bénin. Elle démarre par l’analyse des tendances d’évolution ducontexte socioéconomique et du système agraire de l’Atacora sur ces trois dernières décennies pour se focaliser  sur l’adéquation entre les dynamiques promues par les dispositifs d’intervention et celles endogènes ou émergentes. Cette recherche aboutit d’une part à l’examen des trajectoires et performances productives des exploitations agricoles familiales et d’autre part à l’analyse des effets des dispositifs d’intervention sur la situation alimentaire, le niveau de vie et de pauvreté des ménages ruraux. Les théories de développement et plus précisément celle du post-développement renforcée par les considérations théoriques liées aux diverses conceptions de la pauvreté ont servi de fil conducteur aux travaux de recherche.  

Les dispositifs d’intervention conduits dans l’Atacora (au Nord-Ouest du Bénin) par les différentes coopérations (bilatérales et multilatérales) entre 1990 et 2010 ont constitué l’objet de recherche de cette thèse. La phase empirique s’est déroulée dans les communes de Cobly (à l’Ouest) et de Péhunco (à l’Est) du département. Ces communesont été retenues à partir  de leurs situations agro-écologiques et socioéconomiques contrastées et des indicateurs socio-économiques d’une part et d’autre part d’une typologie à dire d’acteurs relative à la concentration des projets de développement et à la perception de leurs effets par les populations locales. Après un recensement des ménages, un échantillon stratifié, de 344 ménages (214 à Cobly et 130 à Péunco) a été constitué pour l’enquête de caractérisation. Ensuite, l’enquête approfondie sur les conditions de vie et d’existence des ménages  a suivi et a concerné 208 ménages (129 à Cobly ; 79 à Péhunco). Enfin 16 études de cas (8 par commune) ont été conduites sur les trajectoires d’évolution et d’accumulation de biens et patrimoine des ménages et exploitations agricoles. Vu le caractère empirique de la recherche, une attention particulière a été accordée aux données primaires dont la collecte a duré plus de trois (3) ans. Des outils qualitatifs et quantitatifs (dont le PSM) ont été combinés pour l’analyse des données collectées par des entretiens individuels  et de groupes.

Les résultats révèlent que les dispositifs d’intervention ne promeuvent pas toujours les dynamiques endogènes mais qu’ils suscitent et entretiennent, dans les milieux ruraux, les filières qui permettent l’intégration et la participation des producteurs au marché mondial des produits agricoles. Ainsi pour bénéficier des diverses actions de promotion de filières (mise en place des intrants etde crédits, formation et renforcement de capacités techniques et organisationnelles, facilitation de l’accès aux équipements etdes aménagements hydro-agricoles, l’accès aux nouveaux marchés d’écoulement, etc.) mises en place par les dispositifs d’intervention, les producteurs adoptent les spéculations soutenues avec des conséquences à la fois positives et négatives. L’intégration et la participation des producteurs ruraux de l’Atacora au commerce international favorisent l’accroissement de la production agricole et des rendements culturaux tout en  augmentant davantage la dépendance de ces derniers aux cours mondiaux des produits  agricoles. Ainsi pendant que le revenu des producteurs connaît un accroissement, leur vulnérabilité à l’insécurité alimentaire augmente également car une bonne partie des productions vivrières, déjà insuffisantes (à cause du poids des emblavures en coton et de la politique gouvernementale de quota de production cotonnière à chaque commune) pour couvrir les besoins alimentaires, est soustraite à la consommation pour être vendue sur les marchés afin de répondre aux besoins urgents de liquidités. De ce fait, les ménages ruraux de l’Atacora, malgré l’accroissement de leurs productions vivrières, subissent une rupture des stocks vivriers avec pour conséquence une soudure alimentaire annuelle d’au moins 4 mois (soit 16 semaines) qui frappe indifféremment aussi bien les ménages bénéficiaires que ceux non bénéficiaires des projets.

Toutefois avec l’augmentation des sources et du niveau de revenu des ménages bénéficiaires (soit 36% des ménages des sites d’étude), ces derniers améliorent leurs habitations, l’autoconsommation alimentaire et investissent davantage dans l’éducation de leurs enfants ; ceci marque une différence significative entre les bénéficiaires et les non bénéficiaires des projets de développement. En effet,  installés avec les mêmes ressources, en 2014 on décompte deux fois plus de ménages prospères et moins de pauvres parmi les bénéficiaires que les non bénéficiaires. Par ailleurs les exploitations et ménages agricoles bénéficiaires des interventions ont accumulé et détiennent plus de capitaux productifs (foncier, équipements agricoles, cheptels d’élevage), économiques et patrimoine (moyens de transport, logement, parcelles et maisons mises en location, etc.) que les non bénéficiaires avec une différence hautement significative au seuil de 1%. Seulement les améliorations de niveau et conditions d’existence induites par les dispositifs d’intervention restent  encore insuffisantes et précaires de sorte que ramenés à l’équivalent adulte aussi bien le revenu que les capitaux ne présentent pas de différence significative entre bénéficiaires et non bénéficiaires. Ainsi,  les ménages (même les bénéficiaires) restent vulnérables aux crises et chocs de sorte qu’à la moindre catastrophe naturelle (inondation, sécheresse, envahissement des ravageurs, etc.), maladie, accident et décès d’un membre ou proche du ménage, le niveau de vie se dégrade rapidement et ils retombent dans la pauvreté. Cette situation est aggravée par le fait que les exploitations agricoles investissent très peu dans la restauration et l’amélioration du capital ‘’fertilité des terres ‘’ cultivées surtout à Cobly où le niveau de fertilité des sols connaît une baisse drastique avec pour conséquence une utilisation de plus en plus accrue, par les producteurs, des engrais chimiques qui dégradent davantage la structure des sols.

Il s’ensuit que toute action visant la réduction de la pauvreté doit permettre une amélioration durable des conditions et moyens d’existence des producteurs ruraux en vue de la préservation et de la restauration de la fertilité des terres d’une part et l’accroissement de la résilience aux crises d’autre part. Des actions d’identification des besoins spécifiques assortis de mesures et de solutions adaptées à chaque catégorie de producteurs et/ou ménages avec au centre des mécanismes particuliers de gestion et de restauration de la fertilité des terres agricoles devront être envisagées et mises en œuvre.

 

 

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