En Afrique centrale, l’exploitation forestière concerne près de 50 millions d’hectares de forêt, soit 15 fois la superficie de la Belgique. Le Cameroun est l’un des plus gros exportateurs de bois tropical scié vers l’Europe. Ce bois sera utilisé pour fabriquer châssis, terrasses, et divers mobiliers d’extérieur. L’exploitation du bois d’œuvre y est très sélective, seuls les plus beaux pieds de certaines espèces à haute valeur commerciale sont coupés. En effet, dans les concessions forestières légalement exploitées, la forte diversité végétale conjuguée aux exigences du marché se traduit par une exploitation n’atteignant qu’un seul pied par hectare. Si la faible densité en essences commerciales a pour corolaire une faible perturbation du couvert lors de l’exploitation, elle pourrait aussi être un obstacle à une régénération efficace. En effet, en espaçant les arbres en fleurs, l’exploitation forestière pourrait être un frein à la pollinisation croisée.

Il est probable que si la distance entre deux arbres devenait supérieure à la distance que peuvent parcourir les insectes pollinisateurs, les risques d’autofécondation seraient accrus. Cela se traduirait alors par une augmentation du taux de consanguinité dans la descendance avec tous les aspects négatifs que cela engendrerait (moindre vitalité par exemple). Mais tout dépend des insectes pollinisateurs et de leur prédisposition à parcourir des distances plus ou moins grandes. Malheureusement, très peu d’informations sont disponibles à sujet, notamment en raison de la taille des arbres tropicaux. Grimper à leur sommet pour identifier les insectes transportant le précieux pollen n’est guère aisé… C’est pourtant ce que font des chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège).

Après avoir suivi une formation dispensée par un grimpeur professionnel (Jean-Yves Serein), le doctorant Quentin Evrard et l’étudiant Ludovic Charloteaux sont partis à l’assaut des sommets de deux géants de la forêt camerounaise : le moabi et le doussié. Ces deux espèces ont été sélectionnées pour plusieurs raisons. Le moabi est un des plus grands arbres africains. Il est recherché par les exploitants forestiers pour la qualité de son bois, mais également par les populations locales pour ses graines dont on extrait une huile de grande qualité. Le doussié, quant à lui, est un bois très durable, dont la Belgique est le plus grand importateur.

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A 50 mètres du sol, les chercheurs ont installé différents types de pièges à insectes afin d’obtenir une idée précise de l’abondance et de la richesse des insectes pollinisateurs actifs dans la canopée des deux espèces d’arbres. De retour au sol, le butin sera examiné en détail afin d’identifier précisément les insectes porteurs de pollen. A terme, les chercheurs gembloutois espèrent pouvoir proposer des normes d’exploitation qui éviteraient de trop espacer les arbres adultes.

Ce projet se déroule au sein des massifs forestiers dont la gestion a été attribuée à la société forestière PALLISCO. Cette société, soucieuse d’une gestion durable de ses massifs, est certifiée FSC (Forest Stewardship Council) depuis 2008. Elle cherche constamment à améliorer ses pratiques d’exploitation par l’intégration de normes issues des résultats de la recherche. Dans cette optique, elle collabore depuis près de 20 ans avec l’équipe spécialisée en foresterie tropicale de Gembloux Agro-Bio Tech. Ensemble, ils mettent en œuvre d’ambitieux projets soutenus notamment par des bailleurs belges, français et allemands, dont le FNRS (WISD-sustainable regeneration), le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (P3FAC), et la KFW (PPECF-flux de gènes).

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